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Ander, de Roberto Castón

Ander affiche

Présenté parfois comme le Brokeback Mountain basque, Ander de Roberto Castón aborde un sujet relativement peu traité au cinéma : la difficulté de s’assumer en tant qu’homosexuel dans un environnement rural où le poids de la famille et des traditions est écrasant.

L’affiche, qui reprend la première image du film, oblige l’observateur à un mouvement du regard de bas en haut, de la terre jusqu’au ciel que circonscrivent trois zones aux dimensions à peu près équivalentes : en bas, une route goudronnée, au milieu, une maison rustique en pierre, en haut, un ciel nuageux.

En bas, il y a la route, celle qui mène du village hors-champ à la maison et qui donne l’image d’une société actuelle (la route est goudronnée) mais fermée sur elle-même (comme une boucle dont la route visible serait une petite portion). On y vit au rythme des saisons et des travaux agricoles, dans cette société patriarcale, où le père joue le rôle central (virilité, force, équilibre) quand la mère fait cuire la marmite et gère la maison (économie, ménage, éducation). La route est également la zone qui contient le titre, qui reprend le nom du personnage principal, en blanc, dans une police classique, et dont le poids est accentué par un trait de soulignement lui aussi blanc. Car Ander, c’est le fils, dans une société de la certitude, où l’homme épouse la femme pour donner naissance à un fils qui héritera de la pierre et qui perpétuera le nom.

Trinité idéale : le père, le fils, la mère.

Au milieu, il y a la maison, celle dans laquelle la famille se retrouve lorsque le travail dans les champs est terminé. C’est le centre, fixe, solide, immuable, le reflet du poids des traditions. La maison se divise en trois parties : en bas, deux portes qui ouvrent vraisemblablement sur la grange, peut-être un garage – zone de l’enfoui, du non-dit, du secret ; au milieu, quatre fenêtres qui ouvrent sur les parties à vivre de la maison, auxquelles on accède par un escalier extérieur visible sur le côté – il faut sortir de la grange pour entrer dans la maison ; en haut, deux fenêtres comme autant de chambres, un grenier peut-être, ce vers quoi on aspire. Une seule fenêtre est éclairée de l’intérieur : la cuisine, espace familial où l’on se réunit au cours de chacun des repas de la journée ? une chambre, espace intime de solitude, de désirs inavouables, de souffrance ? L’escalier aussi est éclairé, comme une invitation à entrer, à franchir le pas de la porte.

Première figure de la trinité : le fils (le père est mort avant le début du film), la mère (qui continue à gérer la maison) et la soeur (qui prépare son mariage).

En haut, il y a le ciel, un ciel nuageux sombre qui pèse sur la maison, le village, les traditions. Lever du jour ? Tombée de la nuit ? Qu’importe, puisqu’il est surtout question de trouble et d’agitation intérieure : le personnage principal est perturbé par l’arrivée d’un ouvrier agricole péruvien dont il va tomber amoureux sans en avoir immédiatement conscience.

Deuxième figure de la trinité : le fils (troublé), la mère (qui comprend sans comprendre), l’ouvrier (à la fois source et objet de désir, et lui-même sujet au désir).

Et le film d’ausculter de façon froide et minutieuse la montée du désir, la naissance d’un sentiment inconnu, le refus de soi qui bascule peu à peu dans une forme d’acceptation. A l’image de cet escalier extérieur par où va s’introduire le corps étranger (ander signifie « autre » en allemand), le doute, la souffrance, puis l’apaisement. Et la maison devient corps énorme, qu’il faut assumer envers et contre tous. A l’image aussi de ces deux cheminées, intermédiaires entre la maison et l’extérieur – l’antenne de télévision qui annonce le passage prochain à l’an 2000, et prédit le bug qui arrêtera le réveil digital de la maison -, entre la maison et le ciel enfin. Du refoulement au désir, du refus à l’acceptation, de la souffrance à l’apaisement : c’est à une lente montée vers un ciel tout sauf religieux que nous invitent le film et son personnage principal, Ander. Personnage qui aura perdu son père avant la première image, pour gagner la place du chef de famille, et qui perdra sa virginité puis sa mère, pour gagner l’amour et une famille tout sauf conventionnelle. De la privation naîtra l’équilibre personnel. Et pourquoi pas le bonheur ?

Dernière figure de la trinité : le fils (à la place du père), l’amant (le mari), la mère-prostituée (Marie-Madeleine rejetée du village et recueillie, avec son enfant, par le fils devenu père).

Ander (2009), écrit et réalisé par Roberto Castón, avec Josean Bengoetxea (Ander), Cristhian Esquivel (José, l’ouvrier péruvien), Mamen Ribera (Reme), Pilar Rodriguez (la mère), Leire Ucha (Arantza, la soeur). Distribué par Bodega Films.

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