Aller au contenu principal

Des hommes et des dieux, de Xavier Beauvois

des-hommes-et-des-dieux-1

Comment rendre visuellement compte du doute, de la foi, de la peur et de l’attente ? L’affiche du très beau dernier film de Xavier Beauvois, succès inattendu de cette rentrée 2010, apporte à la question une réponse intéressante : en montrant sept hommes réunis autour d’une table, au centre de laquelle brûle une bougie. Trois moines font face à deux hommes de dos ; deux autres moines sont à chacun des bouts de la table rectangulaire.

Qui dit table dit repas : ce n’est pas la cène proprement dite, mais ça y ressemble.

Les hommes sont réunis, l’air grave, ils discutent. Faut-il rester ? Partir ? Mourir en martyr ? Fuir et abandonner les habitants à leur sort ? De l’espoir, il y en a pourtant, diffusé par cette bougie allumée, et par cette lumière qui illumine la pièce obliquement de droite à gauche. Lumière divine, très claire ; mais lumière qui emprisonne chacun dans ses questions, ses doutes et sa foi, ses espoirs et sa peur.

Le deuxième tiers de l’image, en remontant de bas en haut, est vide. La lumière qui relie l’image à l’extérieur, relie également le bas et le haut. Parce que les moines de Tibhirine sont déjà morts, qu’ils habitent déjà cet espace au-dessus d’eux – espace qui, dans le film, est occupé par une carte du monde.

Paradoxe : si les moines sont bien visibles, ils ne sont plus de ce monde. Faisceaux de lumière, ils ne sont que projection cinématographique d’un passé douloureux, ombres entre les ombres.

Et des ombres, cette histoire n’en manque pas. A commencer par l’identité des meurtriers.

Alors, le titre. Comme un programme : Des hommes et des dieux. Les hommes dominent les dieux, qui s’entretuent dans des guerres sanglantes et fratricides. Mais de quels dieux parle-t-on ? Le dieu des chrétiens et celui des musulmans ? Ces moines à moitié hommes à moitié dieux, égorgés, qui ont refusé de fuir leur destin ? Cet universalisme d’une mort que chacun redoute ? Cet indéfini de la mort qu’il faudra bien un jour affronter, et qu’on voudrait rendre signifiant ?

Les noms du réalisateur, Xavier Beauvois, et des acteurs, Lambert Wilson et Michael Lonsdale, se font typographiquement discrets. L’humilité s’arrête là : l’ajout d’une palme cerclée d’or, tout en haut de l’affiche, et de la mention « Grand Prix festival de Cannes » tendrait à prouver qu’il y a tout de même un dieu, celui du marketing, qui ne redoute rien tant que le vide.

Film de Xavier Beauvois avec Lambert Wilson, Michael Lonsdale, Olivier Rabourdin, Philippe Laudenbach, Jacques Herlin, Loïc Pichon, Xavier Maly, Jean-Marie Frin, Abdelhafid Metalsi et Sabrina Ouazani. Distribué par Mars Distribution.

Aucun commentaire pour le moment

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :