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Les Amours imaginaires, de Xavier Dolan

Affiches Amours Imaginaires

C’est l’histoire d’un garçon et d’une fille, amis pour la vie, qui tombent amoureux du même garçon. Après J’ai tué ma mère, Xavier Dolan explore, dans son nouveau film, la naissance du sentiment amoureux à travers les gestes, les attentes, les regards, les signes qu’on interprète comme on voudrait qu’ils soient, rarement comme ils sont réellement. Car l’amour, c’est d’abord dans la tête. Et ce sont précisément des têtes qui ont été choisies pour les affiches promotionnelles. Oui, les affiches : le film bénéficie en effet de trois affiches différentes, mais qui n’en constituent finalement qu’une seule, hors norme.

Trois fonds unis : rouge pour Xavier Dolan, l’homosexuel passionné mais peu sûr de lui ; violet pour Niels Schneider, l’objet du désir ; rose pour Monia Chokri, la femme amoureuse qui s’habille comme dans les années cinquante et qui cultive son côté girly.

Trois têtes : le corps a disparu dans le fond coloré. Car si les personnages couchent ensemble, c’est seulement au sortir d’une soirée, en tout bien tout honneur, dans le même lit, sans aucun caractère sexuel. L’amour est un sentiment, l’être aimé / fantasmé une construction intellectuelle – et quand on se masturbe un tee-shirt sur la tête pour sentir l’odeur de l’autre, c’est seul.

Trois chevelures :
Xavier Dolan a une coupe de jeune ébouriffé, qui extériorise son trouble intérieur. Son visage est tourné vers la droite, il regarde quelque chose hors-champ. Il est en demande, il attend un signe, un geste. Mais lorsqu’enfin il déclarera sa flamme, l’ange pasolinien se transformera en démon froid et implacable.
Niels Schneider, c’est donc l’ange bouclé, le (petit) prince qu’on voudrait prendre dans ses bras. C’est la figure du désir, assez peu physique – un bisou sur la joue, une jambe nue qu’on frôle -, qui vient perturber l’ordre établi – cette amitié forte entre le garçon et la fille pourrait voler en éclat. Le regard de Schneider est baissé : objet de tous les regards, il pose. Ou peut-être éprouve-t-il de la gène ?
Monia Chokri présente une coiffure vintage, qui la met en valeur tout en exprimant cette droiture, ce rigorisme (j’allais dire ce côté psycho-rigide) du personnage qui aime prendre son thé dans des services en porcelaine et qui se raidit à l’idée de prendre un jour de congé maladie pour partir à la campagne. Son visage est, lui, tourné vers la gauche, le passé, le temps où le garçon faisait sa déclaration à la fille, après lui avoir fait la cour. Et quand enfin, lectrice des romans du XVIIIe siècle, elle se décide à déclarer sa flamme, c’est par lettre cérémonieusement scellée à la cire rouge.

Xavier Dolan donne ainsi à ces amours imaginaires trois couleurs qui signifient trois façons de vivre un sentiment contrarié, amour ou amitié. Lorsque l’objet du désir disparaît, le sentiment s’estompe peu à peu pour se déporter sur un nouvel objet : si Niels Schneider est le clone canadien de Louis Garrel, Louis Garrel en personne fait une apparition à la fin du film. Acteur fétiche de Christophe Honoré, il est presque naturel de le voir dans ce film qui, comme Homme au bain et le personnage incarné par François Sagat, explore les contours de cet obscur objet du désir que constitue le corps masculin aujourd’hui.

Les Amours imaginaires, de Xavier Dolan (2010), avec Monia Chokri (Marie), Niels Schneider (Nicolas), Xavier Dolan (Francis), Anne Dorval (la mère de Nicolas), Louis Garrel… Distribué par MK2 Diffusion.

5 Commentaires Poster un commentaire
  1. Morélot #

    Et l’analyse des couleurs (à part celle du rose. Quoique…) ? Non parce que moi, tout ce que je peux apprendre au passage, je suis preneur. Quoi qu’il en soit, merci pour ce que vous faites !

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    18 octobre 2010
  2. le koshu #

    Rouge sanguin et rose un peu mièvre qui encadrent un violet attirant mais froid: les trois couleurs caractérisent assez bien les personnages.
    Merci pour le commentaire.

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    18 octobre 2010
    • MJ #

      Rose un peu mièvre ?
      Caractérisant les personnages ?
      Il est sexiste le film ?

      J'aime

      26 octobre 2010
      • le koshu #

        La couleur associée à chacun des personnages est sans doute un peu cliché, mais cohérente : le rouge, considéré comme une couleur primaire, permet schématiquement de composer du rose si on y ajoute du blanc et du violet si on y ajoute du bleu. Si le rose est culturellement associé aux filles quand le bleu (absent ici) est associé aux garçons, cela ne fait pas du film un exemple de sexisme à dénoncer… Surtout que les affiches sont rarement réalisées par le réalisateur lui-même, mais bien plutôt le résultat de l’interprétation qu’en a faite l’agence chargée de concevoir les supports de promotion.
        Et puis inversons : si le rose avait caractérisé le personnage masculin, homosexuel, qu’aurait-il fallu voir ? Un autre cliché. Bref : le film assume son côté « guimauve » (littéralement, mais il vaut mieux l’avoir vu pour en parler) pour parler de quelque chose qui préoccupe tout le monde : le désir et ses déclinaisons.

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        27 octobre 2010

Rétroliens & Pings

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