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Biutiful, de Alejandro González Iñárritu

biutiful

L’affiche de Biutiful, le dernier film d’Iñárritu (Amours chiennes, 21 grammes, Babel) se compose de trois parties : une photo centrale et deux bandes noires de tailles différentes qui donnent à la photographie un aspect « cinémascope » et qui rangent le film dans la catégorie « fiction ».

La bande noire qui surmonte l’ensemble n’est agrémentée que d’un signe et d’une mention à droite : une palme cerclée, et la proposition « prix d’interprétation masculine Festival de Cannes ». Ce premier bloc de texte renvoie au sujet photographique situé en dessous : un homme, de profil, qui a tous les traits de l’acteur Javier Bardem.

Javier Bardem, pour les spectateurs qui suivent sa carrière, c’est un corps imposant et des rôles généralement assez physiques. C’est surtout le personnage de Shigur, le tueur froid et implacable de No Country For Old Men, adaptation par les frères Coen du roman éponyme de Cormac McCarthy. Ici, on le découvre à gauche de l’image, en plan rapproché, coupé au niveau des épaules. Cheveux longs, bouc et barbe naissante : l’homme a quelque chose d’un Christ moderne qui regarde fixement quelque chose situé à sa droite, hors-champ. La bouche entrouverte suggère qu’il est surpris. Ce qu’il regarde ? On ne peut que formuler des hypothèses : une femme ? un homme ? un objet ? Son regard semble bien plutôt tourné vers l’intérieur. Comme si le personnage ne fixait rien d’extérieur, mais était perdu dans ses pensées.

/un regard vers la droite/ = <un regard tourné vers l’avenir>.

En arrière-plan, à droite de la tête, on devine une ville floue. Quatre taches lumineuses en bas, des oiseaux dans le ciel, et entre les deux une ligne irrégulière que dessinent les toits des immeubles. Les oiseaux ressemblent à des mouettes, ce qui situe l’action dans une ville de bord de mer. Ces mouettes, liens entre le bas et le haut, volent dans un ciel crépusculaire. Dans un entre-deux qu’illustre parfaitement la composition de l’ensemble : la tête, nette,  n’est pas complètement dans le décor, flou. L’homme n’est plus tout à fait là, absorbé par ce qu’il voit mais que l’observateur de l’affiche ne peut percevoir. Sa tête est littéralement sur terre et au ciel. Et sa vie à un moment charnière, entre l’intérieur – – et l’extérieur – . Entre la vie (le bas, la ville) et la mort (le haut, le ciel, l’avenir) ?

Tout en bas de la photographie, on peut lire « un film de IÑÁRRITU », fiction dont Javier Bardem est la star, comme le laisse supposer la taille de la police utilisée pour écrire son nom « BARDEM ». Les lettres sont isolées du reste par la couleur rouge utilisée, couleur du sang. Sous son nom, dans la même police mais en blanc, et aux lettres plus grandes, le titre « BIUTIFUL » :

/biutiful/ = « bô »

C’est la transcription phonétique de /beautiful/ en anglais, qui signifie « beau, joli » .  A quoi renvoie cet adjectif ? Qualifie-t-il la photo ? le film ? le réalisateur ? l’acteur ? ce que regarde l’homme ? ce hors-champ énigmatique qu’on ne pourra appréhender qu’en allant voir le film ? Renvoie-t-il sinon à une séquence du film, dans laquelle un enfant ou un non-anglophone écrirait le mot comme il pense qu’il s’écrit ?

On le voit, l’affiche du film pose plus de questions qu’elle n’apporte de réponses. Seule certitude : Iñárritu, qui nous avait habitués à des films aux multiples histoires et personnages croisés, s’intéresse ici au destin d’un seul homme – et d’un homme visiblement et visuellement seul. Par comparaison, rappelons-nous l’affiche de son précédent film Babel, structurée comme une tour où chacun des étages présentait un personnage, un lieu, une situation.

Et pourtant, de Babel à Biutiful, on retrouve cette même idée de langue éclatée, déformée, métaphore d’un monde divisé où les humains ont de plus en plus de mal à communiquer les uns avec les autres.

Le film : L’affiche est une image extraite du film, dans lequel Javier Bardem incarne Uxbal qui, atteint d’un cancer de la prostate, apprend qu’il n’a plus que quelques semaines à vivre. Il lui faut préparer sa mort, assurer l’avenir de ses enfants (de son sang) et tenter de reconquérir leur mère, folle. L’argent nécessaire, il le trouve là où il l’a toujours trouvé : en servant d’intermédiaire entre des immigrés clandestins, africains et chinois, et ceux qui leur procurent du travail. Mais du pêché (l’exploitation des travailleurs clandestins) à la culpabilité (leur mort), de l’intime (la famille) à l’extérieur (les magouilles), du refus à l’acceptation de sa propre mort, le parcours de cet homme se transformera en chemin de croix dans les faubourgs de Barcelone. Et dans les bas-fonds d’une Europe moribonde. Beautiful ?

Film de Alejandro González Iñárritu (2010), avec Javier Bardem, Maricel Álvarez, Hanaa Bouchaib, Guillermo Estrella, Eduard Fernández, Cheikh Ndiaye, Diaryatou Daff, Cheng Tai Shen,… Distribué par ARP Sélection.

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