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Outrage, de Takeshi Kitano

outrage (France)_kitano

L’affiche française du dernier film de Takeshi Kitano, Outrage, est d’abord affaire de codes culturels.

Soit un homme en costume, salariman sans cravate, banquier ou homme d’affaires. Sauf que cet homme a les traits de Takeshi Kitano lui-même, réalisateur et acteur du film, et qu’il pointe une arme et accessoirement son regard, sur sa prochaine victime hors-champ – ce qui fait de lui, dans l’imaginaire japonais et, aujourd’hui, occidental, un yakuza (autrement dit un membre de la mafia japonaise).

L’homme a le visage inexpressif : c’est un professionnel du crime organisé, il tue pour vivre et, sans doute, survivre. L’homme domine sa victime, qu’on devine déjà à terre. L’arme n’est pas pointée vers l’observateur de l’affiche, mais ce dernier peut aisément se placer dans la trajectoire future de la balle – et ainsi s’identifier à la victime du yakuza/réalisateur.

Cette prochaine victime aurait-elle commis un outrage à yakuza ? Qu’est-ce qui justifie une telle violence annoncée ? Qui dit outrage, dit délit, et déshonneur. Et c’est bien de cela dont il s’agit dans ce film où les corps sont continuellement maltraités pour prix d’un honneur mis à mal, et les yeux des menaces, comme le révèle l’affiche japonaise du film.

On mesure alors le chemin parcouru par Kitano entre Sonatine, où le yakuza pointait son arme sur sa propre tempe en un geste suicidaire absolu, et Outrage, qui se propose de haut et froidement de malmener son spectateur en retournant l’arme contre lui.

La frontière entre le réalisateur et son personnage est d’autant plus ténue que le seul espace vide de l’affiche, où l’on attendrait un coin de ciel au moins bleu, est occupé par la mention « Festival de Cannes » ornée du logo officiel. Les jurés, eux, n’ont visiblement pas apprécié de subir le dernier outrage de Kitano, qui est reparti bredouille, sans les honneurs du moindre prix.

Film de Takeshi Kitano (2010), avec Takeshi Kitano, Jun Kunimura, Ryo Kase… distribué par Metropolitan FilmExport.

2 Commentaires Poster un commentaire
  1. Morélot #

    Mais le film, il est bien ? Tu le recommandes ?
    R

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    30 novembre 2010
    • le koshu #

      Franchement, je ne sais pas. C’est très violent – on ne compte pas les doigts coupés, les bouches éventrées à coup de fraise dentaire, les langues sectionnées… Un personnage d’ambassadeur africain d’un pays qui n’existe pas est à la limite de la caricature nauséabonde… On retrouve par certains côtés le Kitano des films de yakuzas qu’on adore, mais l’affiche est un peu révélatrice du statut de « maître » que le réalisateur estime avoir atteint.

      J'aime

      30 novembre 2010

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