Aller au contenu principal

Inside Job, de Charles Ferguson

Inside Job

Inside Job, de Charles Ferguson, m’a fait comprendre pourquoi la série de la chaîne HBO Les Soprano avait eu un tel succès aux États-Unis. C’est une simple question de miroir réfléchissant. Dans une société ultra capitaliste où les marchés ne sont régulés que par eux-mêmes et où les banques ne sont régies que par leur propre loi – faire toujours plus d’argent pour l’enrichissement de quelques-uns -, la figure du hors-la-loi ne pouvait que renvoyer à celle du banquier. Et l’univers opaque et fascinant de la mafia laisser entrevoir ce monde encore plus fermé et terrifiant de la finance. Wall Street, c’est la famiglia qui s’invite à la table des gouvernants.

Leurs jobs, après tout, ne sont pas si différents : monter des combines (appelées « produits dérivés » par les organismes bancaires) qui finissent par escroquer les investisseurs, s’enrichir au détriment de ses clients et de ses concurrents, faire payer ses erreurs par le contribuable, et éviter la punition à tout prix. La nuit, le banquier et le mafieux peuvent se croiser dans des night clubs VIP, échanger des anecdotes, se payer les mêmes prostituées et sniffer la même coke autour d’une bonne bouteille.

C’est ni plus ni moins ce que raconte l’affiche du film. Un homme a gravi une montagne de dollars pour se retrouver au sommet, les pieds dedans, et les doigts croisés. Il est de dos, parce qu’il snobe un public dont il ne recherche pas le regard, et il espère au choix : que la montagne de billets ne s’effondrera pas sous son poids et/ou qu’elle continuera à grandir. Cet amas de liquidités a quelque chose d’indécent et de comique : ce n’est au fond qu’un tas de papier fragile, mais qui fait trembler l’homme, et avec lui la société et le monde.

Comment ne pas y voir également cette autre image d’une figurine, seule, au sommet d’un gâteau de mariage ? La mariée est partie, mais qu’importe. Le gâteau est bon et gros, les requins de la finance, les traders, les courtiers pourront se le partager sans états d’âme. Et le spectateur resté au loin, contemple l’amas, et le désastre. Pour finalement l’alimenter.

Oui, parce que cette montagne n’a pas de pied. Il lui faut de la matière pour ne pas s’effondrer. Et la matière, c’est le contribuable/spectateur qui l’apporte sous forme d’argent frais. Jusqu’à ce que l’affiche soit submergée… On voit ici l’absurdité du système décrit par le film, et un résumé simple et efficace de son propos qui se veut à la fois didactique – expliquer la crise des subprimes -, et à charge – contre le système de la finance internationale et ses ramifications dans la politique et le système universitaire américain. Comme le proclame l’affiche elle-même : édifiant.

N.B. : un nouveau slogan a fait son apparition dans les bus parisiens : « si chacun fait ses propres règles, tout se dérègle ». Ou comment exiger des uns (les usagers) ce qu’on n’ose pas demander aux autres (les requins de la finance)…

Film de Charles Ferguson, distribué par Sony Pictures Releasing France

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :