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Home For Christmas, de Bent Hamer

Home For Christmas

Home for Christmas, de Bent Hamer, est-il un film de Noël ? Son affiche et sa sortie française début décembre le laissent penser.

La Trinité
Trois mots pour le titre, un sapin triangulaire, trois roues visibles pour la voiture, trois vignettes d’images extraites du film, trois indications publicitaires : « Des histoires simples… Un charme fou… Attachant et plein d’humour ». Trois noms, trois adjectifs, trois points… Si elle n’est pas explicitement marquée, la référence religieuse est renforcée par un rythme ternaire dominant : c’est à la fois la Trinité de la religion chrétienne (le Père, le Fils, le Saint Esprit), et les trois Rois mages qui, guidés par l’étoile de Bethleem, viennent à la rencontre de l’enfant Jésus.

Le voyage
C’est d’ailleurs la représentation d’un voyage qui a été choisie pour illustrer la sortie du film : un sapin, décoré et surmonté de l’étoile à cinq branches, posé sur une voiture en route vers une destination inconnue, la nuit, dans un paysage sous la neige. L’arbre de la nativité, symbole du renouveau de la vie, est ici extrait de son cadre intime – la maison, dans laquelle on l’a dressé en attendant la venue du père Noël et la naissance de Jésus –, et projeté dans le froid hivernal de Norvège, mais dissocié de ses congénères. Il symbolise, transporté par la voiture, la civilisation de l’ère industrielle, mécanique et inhumaine, par opposition à ce paysage désert et froid, sauvage, au-dessus duquel il y a cette aurore boréale verte qui traverse le ciel étoilé et laisse espérer des lendemains meilleurs. Et nous, spectateurs habitués aux images cinématographiques, reproductibles et mimétiques,  nous suivons cette voiture, et cette étoile, comme des Rois mages modernes – mais à la recherche de quel nouvel élu ?

Le rouge
Présent partout, le rouge, lui, ne se comprend qu’en référence directe à Noël et aux histoires racontées :
– Rouge de l’adultère et de la trahison, de la jalousie et de la vengeance : deux écharpes rouges sont offertes par le même homme à sa femme et à sa maîtresse qui, furieuse d’avoir été abandonnée le soir de Noël, décide de rejoindre le couple à l’église. (vignette à gauche)
– Rouge de l’amitié et de la chaleur des sentiments : une écharpe rouge en laine, pour cette jeune fille musulmane que son jeune ami ne parvient pas à quitter le soir de Noël, quand toute sa famille l’attend pour réveillonner. (vignette au centre)
– Rouge du travestissement, et de la passion mêlée à la jalousie : un costume de père Noël porté par le vrai père de deux enfants élevés par son ex-femme et son remplaçant. Mais il est parvenu à se substituer à ce nouvel homme et à pénétrer le foyer derrière ce masque qui le protège. (vignette à droite)

L’amour
On le voit, le cœur du film est là, dans ces oppositions proposées par l’affiche, dessinée, et le film, présent dans les photogrammes :
– opposition entre le foyer du titre et l’extérieur représenté sur l’affiche ;
– opposition entre les étendues sauvages, hostiles et la ville industrialisée symbolisée par la voiture ;
– opposition entre l’univers des enfants, protégé et chaud, et celui des adultes, fait de jalousie, de trahison et de mort .
Mais ces oppositions finissent par se résorber d’elles mêmes puisque tout le monde court malgré tout après la même étoile : celle de l’amour.

Le film
Home For Christmas, à la manière de Short Cuts, de Robert Altman, croise cinq histoires reliées entre elles par une même temporalité : le soir du réveillon de Noël. Mais le foyer n’est plus le lieu de la chaleur familiale qu’on attendrait. C’est un espace perdu qu’on fantasme de retrouver ne serait-ce qu’un instant. Les personnages sont tous des exilés de Noël, qui par choix (les enfants, le médecin) ou par contrainte (le SDF, la maîtresse, le père, le couple de clandestins) se retrouvent dans le froid et la neige le soir de Noël. Bent Hamer nous conte des histoires de solitude, mélancoliques et douces-amères, qui toutes mettent en scène des relations triangulaires entre des personnes qui se déchirent, se retrouvent, se perdent ou se découvrent. Petit bémol : lorsqu’il revisite le mythe de la nativité – la naissance dans une cabane au fond des bois, sans eau ni électricité, du fils d’un couple albano-serbe en fuite vers la Suède -, on se dit qu’il en fait un peu trop.

Film norvégien (2010), avec Trond Fausa Aurvag, Reidar Sorensen, Nina Andresen Borud, Arianit Berisha… Distribué par Happiness Distribution.

un commentaire Poster un commentaire
  1. Morélot #

    Mais ou vas-tu chercher tout ça ? Tu me fais penser à cette définition que Borges donne de l’Homme, quelque part dans L’Aleph : un organe que projette la divinité pour sentir le monde… (T’as vu, je reste dans la thématique.)
    R

    J'aime

    14 décembre 2010

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