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Incendies, de Denis Villeneuve

Incendies

Quelle pourrait être la couleur du souvenir ? L’affiche du dernier film de Denis Villeneuve, Incendies, répond « rouge ». Rouge comme le feu, le sang, la violence d’une guerre qui éclate dans un pays sans nom et les traumatismes physiques et psychiques qui se vivent et se lèguent.

Au centre de l’affiche, il y a cette femme, à terre, prostrée. En arrière plan, la carcasse d’un bus qui brûle. La femme s’est vraisemblablement extraite du véhicule en feu, mais elle est seule. Aucun autre passager. Aucun autre survivant ? La fumée qui monte vers le ciel est, elle, épaisse et menaçante, présage d’autres incendies annoncés par le pluriel du titre. La fumée, surtout, se situe dans le prolongement parfait de la tête de cette femme assise, comme si elle en sortait, pour se diriger vers la gauche de l’image, le passé, le souvenir.

Incendies est avant tout un film sur la mémoire et le passé. Le passé qu’une survivante de la guerre, de la prison, de la torture veut occulter mais qui surgit longtemps après les événements, brutalement, jusqu’à la tuer. La mémoire que ses enfants vont tenter de retrouver au cours d’un voyage au Moyen Orient, sur les traces de son passé, et du leur. Car, comme l’affirmait Serge Daney, à la base de toute fiction il y a « la remontée jusqu’aux nœuds de la filiation ». Et les parents, dont bien souvent les enfants ne savent rien, ne facilitent pas la tâche. Le silence est ici rompu par la mère, mais à sa mort seulement, dans les lettres qu’elle adresse à ses enfants pour leur demander de retrouver leur père et surtout leur frère dont ils ne soupçonnaient pas l’existence. Un ultime message en forme d’énigme qui va plonger les personnages et le spectateur dans l’horreur. Et cette mise en garde (reprise de la pièce de Wadji Mouawad dont est tiré le film) : « l’enfance est un couteau planté dans la gorge. On ne le retire pas facilement ».

Incendies est une tragédie grecque qui fait éclater des étincelles et attend que le feu se déclare puis observe le paysage et les esprits s’embraser. Il fallait bien, pour illustrer l’œuvre remarquable de Denis Villeneuve, la scène qui fait basculer le film dans le chaos de la guerre et des esprits.

Film de Denis Villeneuve, adapté de la pièce éponyme de Wadji Mouawad, avec Lubna Azabal, Mélissa Désormeaux-Poulin, Maxim Gaudette, Rémy Girard, Abdelghafour Elaaziz. Distribué par Happiness.

P.S. : L’une des trois affiches des Amours imaginaires, de Xavier Dolan (2010), était également entièrement rouge.

La couleur signifiait ici quelque chose de très différent (à ranger du côté de l’expression des sentiments), mais il est intéressant de noter que les deux films sont canadiens, et que l’utilisation d’une affiche monochrome n’est pas si fréquente. L’affiche de Blow Up, de Michelangelo Antonioni, film sorti en 1967, est un autre exemple marquant :

Dans tous les cas, l’affiche monochrome cherche à impressionner le spectateur pour l’attirer dans l’arène/la salle de cinéma. Et réveiller sa pulsion scopique animale ?…

un commentaire Poster un commentaire
  1. Morélot #

    affiche rouge, « pour l’attirer dans l’arène/la salle de cinéma »… Mais où vas-tu chercher tout ça ? Simplement évocateur, pertinent, édifiant ! Bravo, Maestro !

    J'aime

    19 janvier 2011

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